
“Mon anniversaire fut découvert bruyant
Sous l’annonce d’une terrible nouvelle.
Et j’ai appris tant mal à mes trente cinq ans
Sans doute, ce fut comme des parallèles.
De vécu, de mon enfant, à ta vie courte,
Des histoires différentes à ton âge.
Une renaissance, un avenir, et courte
vie que fut la tienne, si tendre présage.
Pour tes parents malheureux et leurs proches
touchés par le plein fouet, les notes du piano
T’ont prise dans les nuages sans reproches
Mais en laissant les vivants comme de grands sots
Qui les résument à des ombres de noirceurs
du vivant de corps, qui ternissent leurs couleurs
Mais moi qui me laissa toucher par le malheur
je vis ton regard en photo plein de candeur
Et les accords nous couvrent de tristesse
Si bien que moi, mon esprit dure, me laisse
aller dans la fièvre des méandres qui
sont mes mouvements devant le bois blanc qui va.”
7 mai 2026
Le jour de mes trente-cinq ans, le 4 avril à 11h30, j’ai appris une terrible nouvelle : la mort de Naïsse, la petite nièce de mon beau-frère, âgée de seulement deux ans et demi.
Ce jour-là, mon anniversaire a cessé d’être une simple date. Il est devenu un point de bascule émotionnel dans ma vie.
Je ne connaissais pas cette enfant.
Je ne l’avais jamais vue auparavant.
Et pourtant, au moment où j’ai découvert sa photo, quelque chose s’est effondré en moi.
À cette époque, ma propre fille avait le même âge qu’elle.
Deux ans et demi.
Alors, malgré moi, mon esprit a commencé à créer des parallèles entre leurs vies, entre leurs regards, entre leurs innocences.
Je voyais cette petite fille métisse, avec ses origines réunionnaises et espagnoles, comme un chérubin.
Son visage avait une douceur presque irréelle.
Et dans son regard, je percevais une candeur qui me bouleversait profondément.
À ce moment-là, je baignais déjà dans ma propre douleur.
Mon passé me poursuivait encore.
Mon couple traversait des difficultés.
Je portais déjà beaucoup de tensions intérieures, beaucoup de fatigue émotionnelle, beaucoup de blessures silencieuses.
Et cette annonce est venue tout traverser.
Je crois que ce qui m’a terrassé, ce n’est pas seulement la mort de cette enfant.
C’est le fait que, pour la première fois, je me sois imaginé à la place d’un père confronté à une telle perte.
En regardant cette photo, je ne voyais plus uniquement Naïsse.
Je voyais aussi ma propre fille.
Je voyais la fragilité de la vie.
Je voyais tout ce qu’un parent peut aimer, protéger, craindre de perdre.
La musique, les images, les souvenirs… tout semblait se mélanger dans mon esprit.
Comme si plusieurs douleurs venaient soudainement se rejoindre :
mon passé,
mes peurs,
mes problèmes de couple,
ma sensibilité de père,
et cette tragédie que je n’arrivais plus à tenir à distance.
Je me sentais envahi par une tristesse difficile à expliquer.
Une tristesse qui ne ressemblait pas seulement à du chagrin, mais à une forme de vertige intérieur.
C’est dans cette période de séparation, plus d’un an et demi après, que j’ai ressenti le besoin d’écrire ce poème.
Comme si les mots étaient devenus nécessaires pour sortir une partie de cette souffrance que je gardais enfermée en moi depuis trop longtemps.
Ce texte n’a pas été écrit uniquement pour raconter un événement.
Il a été écrit pour tenter d’évacuer une douleur intérieure devenue trop lourde à porter silencieusement.
C’est pour cela que ce texte parle autant de méandres, de noirceur, de regards et de musique.
Parce que, ce jour-là, mon esprit s’est perdu dans quelque chose de beaucoup plus grand que moi.
J’avais l’impression de regarder l’innocence s’envoler, pendant que les vivants restaient au sol, incapables de comprendre réellement pourquoi certaines vies s’arrêtent si tôt.
Et au fond, ce texte raconte aussi cela :
la manière dont un événement extérieur peut réveiller toutes les douleurs qu’on porte déjà silencieusement en soi.
Geoffrey

