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Comment Verdun et nos racines nous ramènent vers les vivants
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Comment Verdun et nos racines nous ramènent vers les vivants

À travers mon regard d'ambulancier, je croise mes souvenirs de Verdun et mes rencontres fortuites pour livrer une réflexion touchante sur la mémoire. Je rappelle l'importance de chérir les vivants.
VSL sur routes de Meuse

Bonjour et bienvenue, j’espère que vous allez bien.

Tout a commencé en 2009, autour d’un café Nancy. À l’époque, le magasin Carrefour s’appelait encore Cora. Comme ce n’était pas loin de l’entreprise où je travaillais, j’avais ma petite routine : j’allais régulièrement y prendre mon café. C’est dans la galerie marchande, par l’intermédiaire d’un amis proche, commercial, avec qui je partageais souvent ce moment, que j’ai croisé deux personnes, coup sur coup. En discutant, je leur ai dit que j’étais ambulancier. Eux, de fil en aiguille, m’ont raconté leur quotidien au milieu d’autres gens: le premier s’est présenté comme un retraité et passionné qui consacrait tout son temps libre à rechercher l’identité des militaires morts pendant la guerre de 14-18 ; le second était un commercial d’un tout autre genre, qui vendait des cierges destinés aux lieux religieux. C’est en croisant ces deux hommes au milieu du groupe, au détour d’un simple comptoir, que le contexte a commencé à se dessiner.

Ce contexte est venu réveiller et éclairer des souvenirs plus anciens. En 2005, alors que j’avais 24 ans, j’étais allé visiter l’ossuaire de Douaumont avec mon père et mes neveux. Cette visite m’avait profondément frappé : en lisant sur les pierres, les dates de naissance et de mort témoignaient de la terrible jeunesse de tous ces soldats fauchés au front, qu’ils soient français ou allemands. Mais ce qui m’a particulièrement glacé le sang, c’est l’extérieur de l’ossuaire, là où de petites vitres permettent de voir à l’intérieur des caveaux. Découvrir ces ossements massifs, comme ceux de la Tranchée des Baïonnettes et des soldats enfouis, ces crânes et ces omoplates ainsi triés et entassés les uns sur les autres, m’avait laissé un souvenir saisissant.

Un peu plus tard, aux alentours de 2010, mon quotidien d’ambulancier sur les routes est venu ranimer intensément ces images. Dans notre région, particulièrement quand on circule dans la zone entre Nancy, Pont-à-Mousson et Verdun, les traces de la grande guerre n’est jamais loin. Quand on roule dans ce secteur, on s’aperçoit vite qu’il n’y a que des cimetières, à droite comme à gauche. On peut voir le carré militaire de Pont-à-Mousson et après la commune de Montauville sur la D958 la Nécropole nationale du Pétant, mais aussi un peu plus haut dans la Meurthe-et-Moselle, vers Thiaucourt, ces impressionnants cimetières américain et allemand qui s’étendent à perte de vue, figeant l’histoire dans le paysage sur des routes sinueuses.

C’est au cœur de ces trajets chargés d’histoire que j’ai pris en charge, dans mon VSL, un patient bien particulier : un ancien intermittent du spectacle, n’ayant pas atteint ses cinquante an et souffrant d’un cancer au stade 4. Je devais le ramener de Nancy jusqu’aux alentours de Verdun, à l’hôpital Désandrouins (l’hôpital “des endroits”). C’était un voyage d’une humanité bouleversante. Cet homme savait pertinemment qu’il arrivait à la fin de sa vie et qu’il retournait chez lui pour y pousser son dernier soupir. Tout au long du trajet, bercé par ce paysage de Meuse jalonné de sépultures militaires, il s’est confié à moi, partageant des bribes de sa vie professionnelle avant que le rideau ne tombe.

Toutes ces pièces d’un casse-tête invisible ont fini par s’assembler dernièrement, en 2025. Lors d’une discussion avec l’un de mes collègues ambulanciers, celui-ci m’a parlé du Docteur Bruno Frémont qu’il avait rencontré plus jeune, ce médecin légiste de Verdun qui passe son temps bénévole à identifier les corps des Poilus qui remontent de la terre.

C’est en m’intéressant à son action que j’ai découvert toute la chaîne humaine, scientifique et réglementaire qui encadre la recherche de ces soldats disparus. Autour du médecin légiste, c’est toute une équipe d’experts qui s’active. Il y a les archéologues de l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) spécialisés dans l’archéologie des conflits contemporains, seuls habilités à fouiller scientifiquement le sol pour cartographier les tranchées sans abîmer les indices. Il y a les anthropologues, qui étudient la structure des squelettes pour déterminer l’âge exact ou les traumatismes des soldats. En amont, les démineurs de la Sécurité civile sécurisent la zone, car la terre de Verdun recèle encore des tonnes d’obus actifs. Une fois les objets exhumés, les généalogistes militaires et les historiens de l’ONACVG (Office national des combattants) prennent le relais pour fouiller les registres matricules, tandis que les techniciens en empreintes génétiques tentent, dans de rares cas, des analyses ADN. Ce protocole strict implique également les services de la DRAC (Direction régionale des Affaires culturelles) pour les autorisations de fouilles, et la Gendarmerie nationale, car toute découverte d’ossements humains reste, légalement, une procédure judiciaire.

En reliant toutes ces trames, de mon métier d’ambulancier aux confidences de ce café de Nancy, j’ai compris beaucoup de choses. J’ai compris que les gens ont un besoin viscéral de connaître leurs racines, leur histoire, et d’entretenir leurs liens de vivants. C’est capital. Entre ce chercheur d’identité, ce médecin légiste, ces archéologues et experts qui exhument les noms, ce patient artiste qui voyait ses dernières lueurs s’éteindre, et ce marchand de cierges qui symbolisait la foi et le souvenir dans la pénombre des églises, la conclusion s’est imposée d’elle-même : la vie est importante plus que tout. Revenir parmi les vivants, c’est emprunter la voie express pour comprendre qu’un jour, tout peut s’arrêter. L’histoire nous l’a assez rappelé, et le sol de Verdun, aujourd’hui capitale de la paix, en est le plus puissant des sanctuaires.

Cette leçon de mémoire résonne encore plus fort quand on la regarde avec les yeux d’un parent solo ou d’une famille recomposée. Quand on porte seul le quotidien de ses enfants, ou qu’on rassemble des bouts d’histoires différentes sous un même toit pour reconstruire un nouveau foyer, on sait ce que signifie réparer, relier et avancer. Transmettre ce passé à nos enfants, c’est leur offrir des repères solides, peu importe la forme de la famille. C’est leur montrer que les arbres ont parfois des branches complexes, mais que ce sont les racines partagées qui nous font tenir debout.

C’est pour cela qu’il est primordial de garder le souvenir et de ne jamais oublier ce que représente réellement la guerre. Au-delà des chiffres, ce sont des vies brisées, des jeunesses fauchées. Il est essentiel de célébrer la vie au quotidien et d’arrêter de se battre pour des idioties. Les différences entre les êtres humains ont toujours existé, et elles existeront encore demain ; elles font partie de notre monde. Plutôt que de les transformer en conflits, l’Histoire nous montre qu’il est temps d’accepter cette diversité pour enfin vivre en paix.

Si l’histoire de Verdun vous intéresse vraiment, vous pouvez cliquer sur les lien ci-dessous:

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